Blog de l'avocat



S'engager envers nos enfants et de nos familles
17 février 2016

Journée familialeCette année, le jour de la Famille se tient tout juste avant la rentrée de nos député-e-s à l'Assemblée législative de l'Ontario.

À leur retour, il est prévu que le gouvernement tourne rapidement son attention au projet de loi 89, Loi sur le soutien à l'enfance, à la jeunesse et à la famille, déposé en décembre 2016 et que les débats reprennent sur cette mesure législative qui vise à promouvoir, aux dires du gouvernement, un « changement historique ».

Maintenant, plus que jamais, il est temps de réfléchir au concept de « famille ».

Au dépôt du projet de loi 89, j'ai demandé au gouvernement de dire tout haut trois choses aux enfants et aux jeunes de l'Ontario :

« Nous vous protégerons ».

« Nous vous procurerons ce dont vous avez besoin au moment où vous en avez besoin afin de vous aider à vous réaliser pleinement ».

« Merci à vos familles, quelle que soit leur composition : familles biologiques, familles d'accueil, familles adoptives, familles que vous vous êtes constituées, y compris vos amis et vos proches. Nous sommes derrière vous et, peu importe ce qu'il vous faut pour soutenir vos enfants, vous l'aurez ».

Le ministre des Services à l'enfance et à la jeunesse Michel Coteau a fait ces déclarations lorsqu'il a déposé le projet de loi en décembre dernier. Mais depuis, j'ai du mal à trouver dans la législation la vision et les mesures nécessaires pour faire de ces déclarations autre chose que de belles paroles.

On retrouve dans le projet de loi plusieurs engagements, comme adopter des pratiques centrées sur l'enfant, reconnaître la voix des jeunes, s'attaquer au racisme systémique et enchâsser le principe Jordan. Ce sont des engagements encourageants et bienvenus, mais les dispositions pour les enchâsser dans la loi font défaut. Dans beaucoup d'endroits, le projet de loi ne renforce pas expressément le droit des enfants et des jeunes de prendre part aux décisions qui les touchent alors que l'indiquer clairement et expressément servirait à susciter des transformations dans le système.

Depuis que le projet de loi a été annoncé, nous mettons beaucoup d'effort avec des jeunes et d'autres intervenants à trouver des façons de le renforcer et de nous assurer que la loi respecte ses engagements envers les jeunes et leurs familles. Il reste encore beaucoup de travail à faire.

Nous avons fait et nous continuerons de faire des suggestions au ministère des Services à l'enfance et à la jeunesse pour améliorer le projet de loi et nous présenterons nos suggestions aux audiences publiques et devant le comité qui l'étudiera. Nous encourageons fortement les nombreux organismes qui ont manifesté leur intérêt et qui n'ont pas habituellement voix au chapitre dans ce type de conversation de faire de même. Vous avez accès en tout temps au projet de loi 89 ici et vous pouvez faire parvenir vos commentaires et vos suggestions au ministère à l'adresse suivante : CYFSA@ontario.ca.

Au cours des prochains mois, nous demandons à l'Assemblée législative, alors que le gouvernement s’apprête à adopter le projet de loi, de songer au bien-être des enfants et des familles de l'Ontario. Nous encourageons les élu-e-s à profiter du jour de la Famille pour renouveler leur engagement envers les enfants et leurs familles.

Je pense à tout ce que nous devons à tant de familles en Ontario, à l'importance de cette journée réservée aux familles et au travail difficile qui nous attend comme province.

Le jour de la Famille, mes pensées iront vers les jeunes personnes prises en charge, présentement et dans le passé, qui cherchent ce sentiment d'appartenance à une famille dans un système fréquemment hostile. Je pense aussi à ces familles en Ontario et dans les communautés déchirées à jamais par la perte d'un enfant qui s'est suicidé. Je pense à ses familles héroïques qui travaillent 24 heures sur 24, épuisées jusqu'à la moelle, afin de créer pour leurs enfants qui ont des besoins particuliers un chez-soi sécuritaire et chaleureux. 

J'espère que vous êtes nombreux et nombreuses à pouvoir passer ce weekend avec votre famille, peu importe sa composition. Je salue ceux et celles d'entre vous pour qui la « famille » n'a pas encore pris la forme que vous souhaitez. Ça peut être extrêmement pénible, je le sais. Je penserai à vous au cours de ce weekend.

Irwin

Qui appartiennent
22 décembre 2016

À l'approche de Noël, les jeunes de mon entourage m'ont toujours appris de grandes leçons et amené à réfléchir à la signification de « famille » et d’« appartenance ». J'ai souvent été témoin au beau milieu du battage publicitaire et de la promesse de cette saison du combat que livrent les jeunes pour concilier ces deux concepts.

Lorsque je grandissais, ma jeune sœur et moi étions les seuls enfants juifs dans notre école primaire. Nous étions des réfugiés juifs de Montréal, déménagés dans la capitale et coupés de tout lien avec notre famille étendue. Nous n'étions pas religieux, mais je me rappelle que tous les matins je chantais à l'unisson avec le reste de la classe « Jesus loves me » [Jésus m'aime]. Que j'ai donc maudit dans les mots d'un élève de quatrième année ce jour où ma petite sœur, qui était en troisième année, a refusé d'entonner l'hymne, nous exposant du coup!

Nous habitions un parc de logements dans un quartier défavorisé d'Ottawa, appelé à l'époque Eastview (devenu Vanier). Pour nous, les vacances de Noël étaient une période étrange. Mes parents avaient décidé que le Jour de Noël nous allions célébrer Chanukah, et ma mère a toujours veillé à ce qu'il y ait des cadeaux, beaucoup de cadeaux. Évidemment, c'était des cadeaux de type Dollarama, mais, pour les enfants que nous étions, la quantité comptait plus que la qualité. Elle disait que nous fêtions Chanukah le Jour de Noël parce qu'elle voulait que nous « appartenions ». Je croyais alors que cela signifiait qu’elle voulait nous éviter d'être les Juifs marginaux au sein d'une mer de chrétiens. Mais aujourd'hui, je crois aussi que les cadeaux qu'elle parvenait à nous acheter avec le peu d'argent dont elle disposait étaient sa façon à elle de nous aider à nous intégrer, de faire en sorte qu'on ne se sente pas pauvres. Pour nous, c'était une période d'excès, pas de spiritualité.

Lorsque je suis parti de la maison et que je me suis installé à Toronto, j'ai commencé à travailler dans un centre pour des jeunes pris en charge par les réseaux d'aide à l'enfance qui se préparaient à voler de leurs propres ailes. Ce n'est que quelques années plus tard que j'ai réalisé que les liens familiaux que j'avais tissés avec bon nombre des jeunes du centre me soutenaient autant que le centre les soutenait, eux. Je pense aux jeunes rencontrés au Centre comme s'il s'agissait de la « famille étendue » qui me manquait, un groupe d'appartenance. Je me rappelle qu'un jeune m'a dit, « ne t'imagine pas être un deuxième père pour moi; tu es plutôt l'oncle cinglé ». Un autre m'a dit, « je n'aime pas l'expression “famille”. Je préfère dire que nous faisons partie tous les deux d'une merveilleuse “communauté” ».

À ce jour, quelques-uns de mes souvenirs les plus précieux sont ceux des veilles de Noël passées avec les jeunes à patiner quelque part en ville, puis aller prendre une bouchée et voir un film. Bien sûr, il y avait des repas de dinde pour ceux et celles qui pouvaient et souhaitaient y être. Les fêtes de Noël organisées au Centre étaient toujours intenses, vibrantes et très courues. C'est là que je retrouvais ce sentiment d'appartenance auquel j'aspirais tant, comme tous les autres. J'espère que les jeunes ont ressenti, alors, un même sentiment d'appartenance.

Nous pensons que notre besoin le plus profond est celui d'être aimé, mais Jean Vanier soutient plutôt que notre besoin le plus profond est celui d'appartenir. Je crois qu'il a raison, tout en pensant que, parfois, « appartenir » et « aimer » sont des concepts synonymes. Les jeunes m'ont appris à quel point c'était difficile pour eux de trouver ce sentiment d'appartenance au sein du réseau de l'aide à l'enfance. Je sais que les jeunes pris en charge, les nouveaux et les anciens, sont plus sensibles à ce vide à des moments comme la période des Fêtes. Il est cruellement vrai que les enfants confiés à l'État, que l’on a retirés de leur milieu d'appartenance pour leur propre protection et leur bien-être, trouvent rarement de quoi le remplacer. Je sais qu'il y a des jeunes, lisant ceci peut-être, qui ressentent ce vide.

Lorsqu'ils vivent de tels moments, je leur demanderais à ces jeunes de se tourner vers les autres, de prendre leur téléphone et d'appeler, d'utiliser les réseaux sociaux, de connecter avec les personnes qu'ils connaissent et d'autres qu'ils ne connaissent pas. Consultez ce guide pour survivre au temps des Fêtes, produit par la fédération des jeunes pris en charge de la Colombie-Britannique [en anglais seulement]. Vous pouvez également appeler Jeunesse, j'écoute au 1-800-668-6868 ou une ligne d'écoute téléphonique de votre région en composant le 311. À ceux et celles d'entre vous que j'ai appris à connaître, j'espère que vous réalisez que je suis de tout cœur avec vous. J'espère que la famille étendue, cette communauté que vous avez trouvée et que vous vous êtes construite dans le temps, quelle qu'en soit la forme aujourd'hui, en esprit ou en réalité, vous entoure et vous soutient lorsque vous en avez besoin, comme elle le fait pour moi. 

En cette veille de Noël, je penserai à ma famille étendue et à toute l'admiration que j’ai pour elle. J'admets que je m'inquiète aussi, mais je me rappellerai également tout ce que ces jeunes ont subi et réussi à surmonter. Et j'espère qu'ils éprouveront cette même confiance que j'ai qu'ils s'en sortiront et trouveront leur propre voie.

Comme je l'ai fait dans le passé avec des jeunes du Centre, j’irai patiner à la place Nathan-Phillips de Toronto avec mon épouse et mes deux garçons. Et après le patin, nous participerons à une activité organisée par la Children's Aid Fondation pour les jeunes pris en charge, ceux et celles d'aujourd'hui et d'avant. Je veux que mes garçons rencontrent des membres de la famille étendue à laquelle ils appartiennent aussi.

 

Irwin

Écouter ce que les jeunes ont à dire

Cette semaine, j'amorce une troisième tournée annuelle de consultations qui m'amènera à rencontrer des jeunes relevant du mandat de mon bureau. C'est un moment de l'année qui m'est précieux. Au cours de cette tournée de consultations, je m’assoirai avec les jeunes et je les écouterai. Je veux connaître leurs espoirs et leurs rêves, je veux savoir ce qui les préoccupe et je veux qu'ils me parlent des difficultés qu'ils éprouvent.

Chaque année, je suis étonné par leur volonté de parler et par leur besoin intense qu'on les écoute. Les jeunes semblent parfois surpris et ont du mal à saisir qu'un type comme moi, en poste d'autorité, se donne la peine de leur tendre la main. « On se sent invisible... Vous ne pouvez pas vous imaginer à quel point c'est débilitant », m'a déjà dit un jeune.

D'Orillia à Toronto, d'Oshawa à Brockville, Kingston, Ottawa, Thunder Bay, London, Goderich et Ingersol, je rencontrerai des centaines de jeunes personnes du 18 au 26 novembre. Je choisis ce moment de l'année pour entreprendre ma tournée de consultations, car la période coïncide avec la Journée nationale de l'enfant célébrée le 20 novembre pour commémorer la naissance de la Convention internationale relative aux droits de l'enfant (CIDE). D'ailleurs, cette année marque le 25e anniversaire de la ratification de la CIDE en 1991 par le gouvernement du Canada. La Journée nationale de l'enfant est l'occasion de célébrer les enfants et les jeunes de notre pays. Pour ma part, je ne vois pas de façon plus significative de célébrer les enfants et les jeunes que de les écouter.

Tous les cinq ans, les progrès réalisés par le Canada dans la mise en œuvre des dispositions de la CIDE sont examinés par le Comité des droits de l'enfant des Nations Unies. Le prochain examen est prévu en 2018. Je profiterai donc de ma tournée pour réfléchir aux propos des jeunes et relier ce qu'ils ont à dire à l'engagement de notre gouvernement à promouvoir, mettre en œuvre, protéger et surveiller les droits des jeunes en vertu de la CIDE.

Je me rappelle d'avoir appris, il y cinq ans, la façon dont le Canada prépare son rapport aux Nations Unies. Tel que je le comprends, il y a un comité fédéral auquel siègent des représentants de chaque province et de chaque territoire du Canada. Les représentants doivent remettre au comité un rapport de leur province ou territoire respectif dans lequel sont précisées les mesures prises par leur gouvernement pour exécuter les dispositions de la CIDE. Curieux de connaître le déroulement du processus en Ontario, j'ai demandé au ministre des Services à l'enfance et à la jeunesse de l'époque ce qui se passait en coulisse, mais je n'ai pas eu de réponse. Je me suis alors adressé au bureau du premier ministre, et malheureusement, ma démarche n'a pas donné plus de résultats. Enfin, je me suis informé auprès du secrétaire du Conseil des ministres et il m'a dit, « Très bonne question. Je vais m'informer pour vous ».

Quelques jours plus tard, on m'a présenté à un avocat d'échelon inférieur au ministère du Procureur général. Je me rappelle en parlant avec lui à quel point il était nerveux d'être démasqué. J'avais l'impression d'avoir soulevé le rideau et découvert le Magicien d'Oz. Si vous êtes assez vieux, vous vous rappellerez de la scène du film à laquelle je fais référence. Comme dans le film, ce qu'on croyait être un grand magicien n'était en réalité qu'un vieil homme chétif, docile et bien loin d'être puissant. J'ai appris que son rôle consistait à « colliger » les réponses qu'il recevait suivant un courriel envoyé à divers ministères pour obtenir de l'information sur leurs programmes et services destinés aux enfants et aux jeunes; puis, il compilait l'information et l'envoyait au comité. Une fois tous les renseignements des provinces et territoires colligés à l'échelle du comité, le gouvernement fédéral compile le tout dans un gros rapport, prêt à soumettre.

C'est à ce moment que j'ai su que je ne pouvais pas permettre que le rapport du Canada aux Nations Unies en 2018 soit produit dans un tel silence.

Dans le dernier examen du Canada en 2012, le Comité des droits de l'enfant des Nations Unies a critiqué le Canada pour la surreprésentation des jeunes Noirs et des jeunes Autochtones dans les systèmes d'aide à l'enfance et de justice pour les jeunes, pour le nombre croissant de jeunes personnes qui ont des besoins particuliers et pour le manque de clarté quant à l'efficacité des mesures prises par le gouvernement pour améliorer la situation. Comment pouvons-nous savoir si le pays a fait des progrès depuis 2012 si on ne prend même pas la peine de consulter les jeunes?

C'est pour cette raison que, tout juste avant de partir en tournée de consultations, j'ai écrit à la première ministre de l'Ontario et au premier ministre du Canada afin de leur demander de commencer à songer au prochain examen du Canada. Pour la partie de l'Ontario du rapport, j'ai demandé à la première ministre de réunir divers ministères qui fournissent des services aux enfants et aux jeunes et de leur demander d'élaborer une procédure pour documenter et rédiger la partie de l'Ontario du rapport aux Nations Unies, une procédure en vertu de laquelle les enfants et les jeunes de la province seraient véritablement impliqués. Je lui ai demandé de considérer l'occasion qui nous était offerte de sensibiliser les jeunes à leurs droits tout en démontrant leur importance pour nous tous et toutes en Ontario.

Pendant que vous lisez ce texte, je suis sans doute en train d'écouter un enfant ou une jeune personne quelque part dans la province. Ils me feront rire et ils me feront pleurer, mais je les remercierai du fond du cœur de me nourrir de leur courage et de leur sagesse. Je peux envisager le jour où le gouvernement provincial, comme moi, aura l'occasion d'écouter les jeunes et de discuter avec eux de leurs droits. Vivement que ça se produise en 2017!

Irwin

Le bien-être des enfants est la responsabilité de tous - Le 11 février 2016

J’ai parfois comparé le système des sociétés d’aide à l’enfance (SAE) à une vieille maison isolée dont les fenêtres et les volets sont fermés depuis très longtemps. Les enfants et les jeunes ont souvent utilisé cette métaphore pour me décrire l’idée qu’une fois qu’ils ont pénétré dans cette maison par l’entrée principale, le public cesse de penser à eux.

Quand je pense aux sociétés d’aide à l’enfance, je me dis qu’il serait vraiment libérateur d’ouvrir les rideaux et les volets et de laisser la lumière du jour entrer dans chaque pièce. Cette image de la lumière qui remplace l’obscurité nous rappelle la nécessité de réfléchir continuellement aux politiques et aux pratiques qui nous aident à nous assurer que les services d’aide à l’enfance répondent aux besoins des enfants et des jeunes pris en charge. Ces mêmes politiques et procédures doivent aussi répondre aux besoins des prestataires de soins, afin de les munir de tous les outils et ressources nécessaires pour offrir un environnement sûr, solidaire et stimulant où les jeunes puissent s’épanouir.

Le 1er mars 2016 marquera l’entrée en vigueur des dispositions législatives qui nous donnent le pouvoir de faire enquête sur les questions concernant un enfant ou un groupe d’enfants recevant les services d’une SAE, ou ceux du titulaire de permis d’un foyer si une SAE est l’agence de placement. À plus d’un titre, j’associe ces nouveaux pouvoirs à l’ouverture du système, à l’ouverture de cette fameuse maison.

Après des années de dur labeur de la part de ceux qui tenaient à ce que notre Bureau soit investi de ces pouvoirs d’enquête, après des mois de formation et de préparation de la part de notre nouveau personnel, nous sommes prêts à assumer la responsabilité qui nous est dévolue.

En utilisant ce nouvel outil, nous avons l’intention d’établir un lien entre le système de protection de l’enfance et le public et d’améliorer la responsabilisation envers les enfants et les familles en ancrant à la législation les politiques et procédures qui guident la prestation des soins. Nous chercherons des moyens de soutenir celles et ceux qui se voient confier la responsabilité de prendre soin des enfants et des jeunes de la province et de garantir le respect de leurs droits et priorités.

Dans le cadre de nos enquêtes, notre Bureau s’efforcera de maintenir une position centrée sur l’enfant. Nous avons conçu nos services d’enquête pour qu’ils suscitent la participation des jeunes, de manière à puiser des apprentissages et des ressources dans la sagesse de leur expérience de vie et dans leur passion pour le changement. Nous allons apprendre et nous allons progresser. Surtout, nous allons prendre la défense des enfants et des jeunes de notre province dans l’exercice de nos pouvoirs d’enquête.

Pour plus de détails sur notre nouvelle unité d’enquête, veuillez consulter notre site Web, à l’adresse www.provincialadvocate.on.ca/main/fr/about/Investigations.html, ou communiquez directement avec nous en composant le 1 800 263-2841 (sans frais) ou le 416 325-5669.

En Ontario, l’énorme responsabilité confiée aux sociétés d’aide à l’enfance et l’étendue de leurs pouvoirs sont de plus en plus reconnues. Je crois que nous commençons à peine à prendre conscience du défi que représente pour notre province la clarification de notre engagement envers les enfants et, par conséquent, les familles. Même si j’estime que notre Bureau ne pourrait (ni ne devrait) jamais remplacer la fonction de supervision du ministère des Services à l’enfance et à la jeunesse en matière de services de bien-être de l’enfance, je crois que nos nouveaux pouvoirs contribueront à assurer la protection, le soutien et le développement des enfants pour qu’ils atteignent leur plein potentiel.

Irwin


Il est maintenant temps d’agir pour la réconciliation - Le 27 janvier 2016

Hier, j’ai reçu un courriel au sujet de l’initiative du club Rotary visant à soutenir la chef Rosemary McKay de Bearskin Lake. Sa collectivité a connu 12 décès l’année dernière et elle est actuellement durement éprouvée par le suicide d’une jeune fille de 10 ans en décembre dernier, à qui elle ne peut pas offrir de funérailles convenables en raison d’un manque de moyens financiers. Le Rotary lève des fonds pour contribuer à fournir un soutien d’urgence en santé mentale et une aide financière à la collectivité submergée par le chagrin, tandis que le site « Go Fund Me » recueille des fonds pour payer les funérailles.

Je pense honnêtement que l’urgente nécessité d’agir saute aux yeux.

Pourtant, ces faits tragiques ne retiennent toujours pas l’attention des médias, nos gouvernements commencent à peine à réagir et des événements de cette nature continuent de se produire alors que nous essayons d’inaugurer une ère de réconciliation. Le gouvernement sait ce qu’il faut faire et pourtant, il attend les réponses de collectivités qui parviennent à peine à survivre. Quand le processus de guérison et de réconciliation va-t-il débuter? Pourquoi sommes-nous encore en train d’attendre, et après quoi?

Ne vous y trompez pas, ce que Bearskin Lake endure actuellement, les événements survenus cette semaine à La Loche, en Saskatchewan, les appels lancés la semaine dernière par la Nation Nishnawbe Aski pour la création d’un groupe de travail d’urgence sur la prévention du suicide afin d’endiguer la vague de décès d’enfants et de jeunes dans les collectivités du nord de l’Ontario sont tous liés les uns aux autres. Ils sont liés à la réalité vivante tirée de l’histoire et aux séquelles du racisme, de la discrimination et de l’invisibilité qui ont été abordées avec force dans le rapport final de la Commission de vérité et de réconciliation.

Hier, j’étais à Ottawa pour entendre la décision du Tribunal canadien des droits de la personne selon laquelle le Canada a bien fait preuve de discrimination raciale à l’égard des enfants des Premières Nations en ne finançant pas équitablement les services d’aide à l’enfance. Vous pouvez lire notre déclaration à la presse ici. La plainte a été déposée devant le Tribunal par Cindy Blackstock de la Société de soutien à l’enfance et à la famille des Premières Nations du Canada et par l’Assemblée des Premières Nations il y a presque 10 ans. Serait-ce le début du changement de paradigme réclamé par la Commission de vérité et de réconciliation? La conclusion du Tribunal a certainement réveillé la conscience publique de ce pays face aux inégalités que connaît le peuple autochtone du Canada.

Je voulais être à Ottawa aux côtés de l’APN pour être témoin de cet événement et offrir mon soutien. Peut-être ai-je moi aussi besoin de m’inspirer du courage et de la force de Cindy et de ceux qui ont persévéré.

Pour les enfants autochtones qui, maintenant plus que jamais, ont besoin de croire en l’espoir et en leur pays, la décision d’aujourd’hui est un premier pas vers la possibilité de créer un système d’aide à l’enfance qui fonctionne pour eux, pour leur famille et pour leur collectivité.

Irwin


Pas un œil sec dans la maison - Le 18 janvier 2016

Parfois, certains moments dans la vie semblent difficiles à croire. Il y a quelques mois, j’étais assis dans une salle de conférence à Kiev, en Ukraine. À l’autre bout de la table étaient assis l’épouse du président de l’Ukraine, Maryna Poroshenko, qui présidait la réunion, et le médiateur pour enfants de l’Ukraine, Nikolai Kuleba. À la table, autour de nous, se trouvaient rassemblés les ministres ukrainiens des Services sociaux, de la Santé et de l’Éducation, ainsi que des dirigeants d’entreprises et des responsables de groupes de défense de la société civile de l’Ukraine. Des représentants du cinquième pouvoir ukrainien étaient également présents dans la salle. Cette rencontre était ultra-protocolaire.

J’avais été invité par le médiateur pour enfants ukrainien à me rendre à Kiev pour discuter avec lui de la façon dont il pourrait encourager et aider son gouvernement à élaborer un système de services destinés aux enfants et aux jeunes ayant des besoins spéciaux, notamment un système scolaire qui accepterait les enfants handicapés, au lieu de les en éloigner. On m’a dit que de nombreux enfants ayant des besoins particuliers se retrouvaient dans des orphelinats, à l’écart de la société et cachés de tous en raison d’une importante lacune dans la structure de soutien. Mme Poroshenko et M. Kuleba étaient déterminés à changer le cours de l’histoire en Ukraine à cet égard. On m’avait demandé d’aider le médiateur pour enfants à développer ce projet et à susciter un élan de reconnaissance des droits des enfants ayant des besoins particuliers. Dans la lettre d’invitation qui m’avait été envoyée, on me demandait d’inviter une personne qui pourrait prendre la parole pour encourager un changement de politique en ce qui concerne les personnes handicapées et leurs droits. J’ai pensé à l’ancienne ministre Marie Boutrogianni, qui a fait adopter la Loi sur l’accessibilité pour les personnes handicapées de l’Ontario. Je suis heureux de l’avoir fait. Mme Boutrogianni maîtrise parfaitement le sujet, c’est une défenseure passionnée et elle est douée d’une énergie inépuisable. J’ai eu beaucoup de chance de l’avoir à mes côtés lors de cette réunion à Kiev.
Ma visite en Ukraine a présenté de multiples facettes et a été marquée par de nombreux témoignages, notamment la remarquable histoire d’Ed Dickson – un ancien agent des services publics de l’Ontario qui a quitté son poste pour se consacrer aux enfants placés dans des orphelinats en Europe de l’Est et qui est devenu le confident de nombreux décideurs ukrainiens. C’est un homme étonnant, doux mais déterminé, qui exerce une influence avec une telle ingénuité qu’elle est à peine perceptible. Je vous conseille vivement de consulter le site Web de son organisation à l’adresse loadsoflove.ca. En fin de compte, c’est lui qui avait orchestré cette visite qui a permis d’ériger un pont entre l’Ontario et l’Ukraine.

Après notre table ronde, j’ai demandé à M. Kuleba (le médiateur pour enfants) s’il avait envisagé la possibilité d’inviter des jeunes à participer aux réunions et à son projet. Ma suggestion l’a abasourdi, mais il a ensuite demandé si ce serait une bonne idée. Je lui ai alors parlé de mon expérience en Ontario et du fait que les jeunes ont pu utiliser ce qu’ils ont vécu pour présenter les choses d’une manière irréfutable, ce qui a ensuite permis aux décideurs de faire appel à ce qu’il y a de meilleur en eux afin de créer des possibilités de changement. Le lendemain, je suis arrivé à la conférence de presse organisée par Nikolai Kuleba où nous devions signer un protocole d’entente entre son bureau et le mien. Étonnamment, pour prendre part aux échanges avec les médias, il était accompagné de deux jeunes qu’il avait rencontrés un certain nombre de fois dans le passé, et qui l’avaient informé des changements qui devaient être apportés en Ukraine pour les enfants handicapés. Forts de son soutien, ils ont prononcé des discours enthousiastes à la conférence de presse, faisant consciencieusement référence à leur expérience personnelle.

Je suis rentré chez moi deux jours plus tard et, à mon arrivée, j’avais reçu une photo de Nikolai Kuleba (voir ci-après).

Jeune femme parle au parlement ukrainien

On peut y voir la jeune femme qui était intervenue lors de la conférence de presse, maintenant en train de s’adresser au Parlement ukrainien. Voici ce qu’elle a dit : « Au Canada, 98 % des enfants handicapés fréquentent des écoles ordinaires et 40 % poursuivent des études supérieures. Je souhaite de tout cœur la même chose pour mon pays ». Elle a parlé plus précisément de l’article 18 de la Loi ukrainienne sur l’éducation qui stipule qu’un enfant handicapé peut fréquenter une école conventionnelle dans la mesure où cela ne contrevient pas aux droits des enfants non handicapés. « C’est absurde. Pourquoi cette discrimination? Pourquoi un tel manque de respect à notre égard? Nous sommes comme vous, nous sommes simplement un peu moins chanceux », a-t-elle souligné. Après son discours, l’auditoire s’est levé pour l’applaudir, et tout le monde avait les larmes aux yeux.

La photo de M. Kuleba était accompagnée du message suivant : « Aujourd’hui, le Parlement ukrainien a voté à l’unanimité en faveur de la désinstitutionnalisation progressive des enfants handicapés et de la création d’un système scolaire en 10 ans qui permettrait d’inclure tous les élèves, quelles que soient leurs capacités ». J’étais impressionné.

Je suis impatient de retrouver M. Kuleba cette semaine, cette fois à Toronto, alors qu’il participera à la réunion du Conseil canadien des défenseurs des enfants et des jeunes que je préside. J’aurai alors la possibilité de lui exprimer ma gratitude pour m’avoir permis d’être le témoin du travail remarquable qu’il entreprend.

Irwin


Comment le système de protection de l’enfance peut bénéficier des enseignements du Dr Janusz Korczak - Le 10 décembre 2015

Aujourd’hui, j’ai eu le privilège de co-animer un événement à l’Assemblée législative avec UNICEF Canada pour lancer le livre My Life as a Child of Janusz Korczak –the father of children’s rights– The biography of Shlomo Nadel. Ce livre a été lancé en partenariat avec la Janusz Korczak Association of Canada afin de souligner la Journée internationale des droits de la personne.

C’est à Kobe, au Japon, dans un foyer pour enfants – un orphelinat en fait – que j’ai entendu parler de Janusz Korczak pour la première fois. Je n’avais jamais entendu parler de lui, que ce soit au cours de mes études au Canada ou de ma vie professionnelle.

Dans le cadre de mes fonctions d’intervenant provincial en faveur des enfants et des jeunes de l’Ontario, j’ai la possibilité – le privilège – de rencontrer et d’écouter des milliers d’enfants et de jeunes qui ont été retirés de leur famille par l’État pour leur propre protection. De façon sombre et souvent brutale, ils ont décrit des situations qui démontrent clairement que ceux qui les ont pris en charge auraient besoin de s’inspirer de l’état d’esprit de Janusz Korczak dans leur travail avec les enfants.

Les jeunes qui vivent loin de chez eux en raison de l’intervention de l’État racontent qu’ils se sentent « privés de leur vie ». Des situations d’abus qui les ont obligés à être pris en charge par l’État, à la vie dans le système lui-même, dans plupart des cas, ils ont l’impression que leur vie échappe à leur contrôle et à leur influence. Ils se sentent impuissants, isolés et seuls – parfois même invisibles. Ils doivent avoir une grande force intérieure pour être capables d’avancer et pour devenir les acteurs de leur propre vie et retrouver leur humanité. Beaucoup y parviennent, mais pour d’autres, la vie demeure un combat difficile.

Les travaux du Dr Korczak nous montrent que les choses peuvent être différentes. « Une centaine d’enfants, une centaine d’êtres qui sont humains, pas au futur, pas seulement demain, mais maintenant … dès maintenant … aujourd’hui », a déclaré Janusz Korczak. Il a organisé son établissement en mettant cet état d’esprit au centre de sa pédagogie. L’histoire de M. Nadel montre comment cela s’est concrétisé. M. Nadel, par le caractère remarquable de sa force et de son dévouement envers les autres, est la preuve vivante que la vie des enfants pris en charge aujourd’hui n’a pas de raison d’être brutale comme elle l’est actuellement.

Si, dans des circonstances d’oppression intolérable pendant l’occupation nazie, les enfants de l’orphelinat du Dr Korczak à Varsovie, en Pologne, ont trouvé un foyer qui leur a fourni le réconfort dont ils avaient besoin et la possibilité de s’exprimer, nous pouvons sûrement trouver aujourd’hui en nous, de façon collective, des moyens de leur apporter la même chose. Pour que cela se produise, nous devons lire ce livre et en tirer des enseignements.

Janusz Korczak nous a montré l’exemple de « réactions pleines d’humanité », un exemple que nous devons absolument suivre pour les enfants qui sont actuellement à notre charge. Lorsque les législateurs ou les décideurs politiques me disent « qu’on ne peut pas légiférer les sentiments » ou que « c’est tellement compliqué de créer des solutions humaines » ou encore « vous voulez tenter l’impossible », je pense à M. Korczak et à ce qu’il est possible de faire. Shlomo Nadel, en partageant son histoire, nous a montré cette voie. Nous avons une immense dette envers lui. Les souvenirs qu’il partage dans sa biographie extraordinaire (écrite par Lea Lipiner, sa proche amie) constituent un instrument du changement. Il a fait don de son expérience et de la sagesse qu’elle incarne pour les enfants d’aujourd’hui.

Je vous invite à lire My Life as a Child of Janusz Korczak –the father of children’s rights– The biography of Shlomo Nadel.

Irwin


Vous pouvez obtenir un exemplaire gratuit de My Life as a Child of Janusz Korczak –the father of children’s rights– The biography of Shlomo Nadel (en anglais) sur le site Web du Bureau de l’intervenant provincial.

Pour obtenir plus d’informations sur le lancement du livre qui a lieu le 10 décembre http://provincialadvocate.on.ca/main/en/about/KidsRights.cfm et sur certains enseignements du Dr Janusz Korczak et pour voir des photos de l'orphelinat, veuillez consulter le site Web du bureau de l’intervenant provincial.

« Réflexions sur une année remarquable » - Le 9 décembre 2015

Aujourd’hui, je suis heureux de vous présenter le plus récent rapport annuel de mon Bureau, qui récapitule le travail que nous avons accompli auprès des jeunes et de nos partenaires au cours des 12 derniers mois. Notre Rapport annuel donne l’occasion de réfléchir et de prendre conscience des nombreuses réalisations accomplies afin de soutenir les jeunes qui relèvent de notre mandat et de leur donner voix au chapitre.

Dans chaque rapport annuel, nous tentons de brosser un tableau de notre Bureau tout en donnant au lecteur un aperçu de la façon dont les jeunes à qui nous offrons des services composent avec leur situation, et en évaluant dans quelle mesure les efforts déployés par le gouvernement et la société civile répondent à leurs besoins. Le rapport de cette année met également en lumière le travail effectué par les membres du personnel qui ont collaboré étroitement avec des jeunes dans un grand nombre de domaines. Après tout, notre travail repose sur un partenariat entre le personnel extraordinaire du Bureau de l’intervenant et les enfants et jeunes formidables relevant de notre mandat.

Le rapport de cette année fait état du fossé qui se creuse entre les promesses faites par la province et les expériences vécues par de nombreux enfants qui dépendent de notre mandat. Des « plans d’action », « stratégies », « transformations », « réformes », « politiques » et « directives » sont prévus dans pratiquement toutes les sphères d’intervention auprès des enfants; or souvent, l’expérience vécue par les enfants et les jeunes est très loin des espoirs suscités par tous ces documents et ces belles paroles.

J’ai constaté que les voix des enfants et des jeunes viennent combler ce vide qui, en Ontario, commence rapidement à ressembler à un gouffre. Si un espoir existe, j’estime qu’il réside dans les possibilités offertes aux décideurs de s’intéresser à nos enfants, d’écouter ce qu’ils ont à dire et de collaborer avec eux pour mettre en place le changement dont ces derniers ont besoin et qu’ils méritent. Je vous invite à lire notre Rapport annuel et à « écouter » leurs voix.

Comme toujours, vos commentaires sont les bienvenus.

Irwin


La version française du Rapport annuel peut être consultée à l’adresse suivante :

http://provincialadvocate.on.ca/documents/fr/AR2015_Fr.pdf

La version anglaise du Rapport annuel peut être consultée à l’adresse suivante :

http://provincialadvocate.on.ca/documents/en/AR2015_En.pdf

Le rapport de la vérificatrice générale prouve une fois de plus que le système du bien-être de l’enfance est en crise - Le 3 décembre 2015

La vérificatrice générale Bonnie Lysyk a publié un autre rapport qui souligne la désorganisation de notre système du bien-être de l’enfance. Entres autres points alarmants, le rapport confirme ce que nous avons appris à l’issue de l’enquête sur la mort de Jeffrey Baldwin : le système du bien-être de l’enfance ne met que peu ou pas du tout en pratique les normes de protection des enfants, ne leur consacrant peut-être qu’une belle pensée. Le rapport cite également les conclusions du document de notre Bureau intitulé Le livre de ma véritable histoire et de notre rapport sur le passage de l’âge maximum de prise en charge de 21 à 25 ans soutenant notre affirmation selon laquelle les résultats désastreux pour les enfants pris en charge sont inacceptables.

Alors que l’enquête lancée il y a quelques semaines sur la mort de Katelynn Sampson est en cours, le rapport de la vérificatrice générale est révélateur, voire infiniment triste. Si quelqu’un croit que les choses ont changé depuis la mort de Katelynn, il se trompe complètement.

Il semble que chaque semaine survient un nouveau cas indiquant que le système de bien-être de l’enfance est en crise. L’enquête sur la mort de Jeffrey Baldwin, les cas graves rapportés régulièrement par les médias sur la piètre façon dont sont traités les jeunes vivant dans des foyers de groupe (ce qui a forcé la province à créer un comité d’experts), l’enquête sur la mort de Katelynn et maintenant le rapport de la vérificatrice générale. Et prochainement…le rapport de la juge Lang sur le programme Motherisk.

La confiance du public dans le système du bien-être de l’enfance s’effrite. Plus important encore, des enfants vulnérables – sans qu’ils n’y soient pour rien – sont mis en danger et placés dans des situations difficiles et préjudiciables.

Dire que nous pouvons faire mieux – que nous devons faire mieux – c’est un euphémisme, mais c’est vrai. Il faut changer les choses.

Pour y parvenir, nous devons faire entendre de nouvelles voix et de nouvelles idées à la table des discussions. Nous devons avoir une discussion ouverte à l’échelle de la province sur la façon dont nous protégeons les enfants et dont nous soutenons les familles en Ontario. Notre Bureau l’a proposé à plusieurs reprises au gouvernement, y compris à la première ministre. Il existe de nombreux modèles d’enquêtes qui pourraient être utilisés incluant une version de « l’enquête réparatrice » menée en Nouvelle-Écosse dans le cadre de l’examen par cette province des abus commis dans son « Foyer pour enfants de couleur ».

Quel que soit le processus retenu, ce que nous savons c’est que le gouvernement doit démontrer sa préoccupation et agir maintenant. Nous n’avons pas besoin d’un autre rapport pour nous convaincre que nous devons agir et, ce qui est plus important, obtenir des résultats.

Irwin

« Réflexions sur la tournée de consultations » - Le 23 novembre 2015

« Cet endroit m’a sauvé la vie… sans lui, je serais mort ou en prison. »
– Un jeune de 11 ans

Bonjour à tous,

La citation ci-dessus est un commentaire que m’a fait un garçon de 11 ans lors de ma récente visite dans un établissement de santé mentale pour enfants, effectuée dans le cadre de la tournée provinciale annuelle de consultations de mon Bureau. Un groupe de 15 jeunes de cet établissement ont acquiescé à l’unisson. Un autre jeune homme a pris la parole et m’a dit : « Cet endroit m’a volé mon enfance. » De nouveau, tous ont hoché la tête. Dans le cadre du mandat de mon Bureau, ce fut un moment déchirant de mon périple lors de mes rencontres avec des enfants et des jeunes organisées durant la tournée de consultations qui soulignait la « Journée nationale de l’enfant », le 20 novembre.

Ce moment a cristallisé une réflexion et un sentiment qui m’obsédaient pendant mes déplacements d’une ville à l’autre et d’une rencontre à l’autre. Malgré nos meilleurs efforts à l’échelon provincial, trop d’enfants ne trouvent pas de réponse à leurs besoins. Des programmes sont offerts par des institutions, grandes et petites, aux politiques et pratiques variées, mais une question demeure dans mon esprit après avoir rencontré ces enfants et ces jeunes remarquables : « Où est l’amour? » Sans amour, je crains que les meilleurs efforts de notre province aient de graves conséquences sur l’âme d’un enfant. Je suis conscient de la dureté apparente de mes propos, mais comment un jeune de 11 ans peut-il comprendre autrement une situation où il se trouve à des kilomètres de chez lui (par avion), sans contact ou presque avec un visage connu, encore moins avec un visage amical, pendant des mois et des mois, voire des années; où il vit dans un foyer de type « campus » qui lui semble situé au milieu de nulle part, un foyer qu’il partage avec neuf autres garçons, dont certains ont jusqu’à 17 ans et plusieurs ont de graves troubles de santé mentale ou, comme on dit, de « gestion de la colère »? Des moyens de contention sont utilisés au moins une fois par semaine pour remédier aux plaintes et aux bagarres. Des règles ont été instaurées pour éviter ces confrontations; par exemple, il est interdit de parler à quiconque pendant les repas. Sans amour et sans attention, ces jeunes ont-ils la moindre chance de guérir?

J’ai aussi trouvé de l’espoir au cours de la tournée de consultations. Certains jeunes étaient en mesure de désigner un membre du personnel qui était attentionné à leur égard, et il était clair que cela avait eu un impact profond. Et puis, il s’est produit quelque chose à la fin de la rencontre. Nous avons eu de la chance : un jeune homme nous a dit qu’il avait déjà séjourné dans le même établissement de santé mentale il y a plus de huit ans. Ce jeune homme nous avait demandé d’animer cette rencontre et les discussions. Son courage et sa force ont balisé la voie. Quand il a dit aux garçons présents qu’il avait déjà vécu au même endroit, ils ont été étonnés et ébahis, et sont restés silencieux. Vers la fin de la réunion, après de nombreux échanges, le garçon du groupe qui semblait s’exprimer le mieux (un jeune de 16 ans à l’air costaud) a regardé l’animateur et a dit ceci : « Tu n’as pas idée de ce que ça veut dire pour nous. » En ravalant ses larmes, il a poursuivi : « Que tu te donnes la peine de revenir ici, malgré ce que ça t’a fait… de nous écouter et de nous montrer que tu tiens à nous. Personne ne s’intéresse à nous. Tu as changé ma vie. »

Je suis encore très ému en vous racontant cette histoire. Les jeunes de cet établissement m’ont dit qu’ils puisaient de l’espoir et de la force les uns des autres et que cela les aidait à tenir le coup.

Mais ceci n’est pas suffisant. Nous pouvons faire mieux. Le gouvernement et les décideurs me disent souvent qu’« on ne peut pas légiférer sur les sentiments ». Je le sais. Mais ce qu’on peut faire, c’est légiférer, concevoir des politiques, élaborer des pratiques et instaurer une culture de manière à laisser l’amour s’épanouir. J’ai envie de hurler : « Travaillez dans ce sens! » C’est vraiment possible et rien de moins n’est acceptable pour les enfants remarquables que nous servons.

Irwin

Le Tour d'écoute - Le 16 novembre 2015

Bonjour, j’écris mon billet de blogue « sur la route », car je voyage à travers la province pour rencontrer de jeunes gens durant notre tournée annuelle de consultations.

J’adore la tournée de consultations. L’idée m’a été suggérée par le Commissaire à l’enfance du Royaume-Uni de l’époque. Il m’a parlé de ses tournées de consultations et alors que je croyais être à l’écoute des jeunes quotidiennement, l’idée d’assurer une présence accrue et d’échanger des idées avec eux pendant une semaine était intéressante.

L’année dernière, j’ai décidé que chaque année au mois de novembre, j’effectuerais une de ces tournées afin de marquer la création de la Convention des Nations Unies relative aux droits de l’enfant (la Convention). Je voulais que ma tournée coïncide avec la Journée nationale de l’enfant qui a lieu chaque année, le 20 novembre. Il m’a semblé indiqué d’entreprendre une tournée d’une semaine ou plus autour de cette date.

Le Canada a ratifié la Convention et l’Ontario l’a adoptée. Ce faisant, notre pays et notre province ont promis à tous les enfants de leur accorder des droits fondamentaux. Le Canada et l’Ontario ont déclaré aux enfants qu’ils sont des êtres humains dès à présent, et non dans un avenir quelconque. Les promesses que nous faisons aux enfants devraient être prises au sérieux.

Tous les quatre ans, le Canada doit rédiger un rapport à l’attention des Nations Unies sur les progrès réalisés dans la mise en œuvre de la Convention. Le gouvernement de l’Ontario rédige une partie de ce rapport. Il y a quelques années, quand le Canada était le dernier pays à être évalué par les Nations Unies, j’ai demandé au gouvernement de l’Ontario de me dire qui était chargé de rédiger notre partie du rapport. Il lui a fallu beaucoup de temps pour le savoir. Il s’est avéré que c’est un avocat du Ministère du Procureur général qui rédige cette partie. Quand j’ai demandé à le rencontrer, il en a été surpris et a demandé à plusieurs de ses supérieurs de me rencontrer également. Il a déclaré qu’il s’était contenté de réunir des informations provenant de différents organismes gouvernementaux sur les mesures prises par la province en faveur des enfants et des jeunes, et de les « compiler ». Je lui ai demandé s’il organisait des consultations avec des fournisseurs de services ou avec des enfants et des jeunes. Il m’a regardé d’un air ébahi et m’a répondu par la négative. C’est alors que j’ai compris que le rapport avait été rédigé dans l’ombre et produit en silence. J’ai pensé qu’une telle chose ne devait, et ne pouvait, pas se reproduire.

La tournée de consultations représente une occasion importante pour les enfants et les jeunes de parler ouvertement des expériences qu’ils ont vécues et de dire si la promesse de la Convention se concrétise dans leur vie. Entre le 15 et le 23 novembre, je rencontrerai environ 250 enfants et jeunes (de 12 à 24 ans) relevant de mon mandat à Ottawa, à Coburg, dans le comté du Prince-Édouard, à Belleville, à Peterborough, à Collingwood, à Guelph, à Timmins et à Toronto. Je vous encourage à lire le compte rendu de la tournée de consultations de l’an dernier en cliquant sur ce lien : Les droits des enfants sont importants pour nous.

Je souhaite que la tournée de consultations montre à notre gouvernement ce qu’il est possible de faire en encourageant tous les enfants de la province à participer à une discussion sur leur propre vie. Je veux que les enfants prennent connaissance de la Convention. Je souhaite que leur voix soit entendue et qu’elle figure dans le rapport de la province remis aux Nations Unies. Le dernier jour de la tournée, je rencontrerai le Conseil de la première ministre pour de meilleures perspectives pour la jeunesse afin d’obtenir par son entremise la participation du gouvernement au prochain rapport du Canada devant être soumis en 2018 aux Nations Unies sur l’adhésion à la Convention et de préciser le rôle de l’Ontario dans la rédaction de ce rapport.

Je suis impatient de partager plus de réflexions à l’occasion de la tournée de consultations de cette semaine.

Cordialement,

Irwin

Mon premier blogue! - Le 9 décembre 2015

Cher ami,

Ce matin, j’ai assisté au lancement de l’enquête sur la mort de Katelynn Sampson, sept ans, après une attente de plus de sept ans. Le 3 août 2008, Katelynn a été retrouvée assassinée dans des circonstances horribles dans l’appartement de sa tutrice légale.

J’ai été informé du meurtre de Katelynn par un journaliste une semaine après avoir pris mes fonctions d’intervenant provincial en faveur des enfants et des jeunes de l’Ontario. J’ai ressenti de l’horreur et de la colère en apprenant la façon brutale dont Katelynn est morte et en me demandant comment tant de paliers du système de protection semblaient avoir échoué à la protéger.

J’aimerais vous faire part de mes réflexions sur l’enquête et vous dire pourquoi je pense que la province doit unir ses efforts pour avoir une discussion franche et ouverte sur notre façon de protéger les enfants et les familles. Vous en saurez plus en lisant cet éditorial (en anglais).

Irwin

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Mon premier blogue! - Le 6 novembre 2015

Bonjour tout le monde et bienvenue à mon premier blogue!

Depuis ma première nomination en tant qu’intervenant provincial en faveur des enfants et des jeunes en 2008, j’ai eu le privilège de rencontrer des milliers d’enfants et de jeunes extraordinaires et talentueux. Ils me parlent de leur vie, de leurs espoirs pour l’avenir, ainsi que des difficultés auxquelles ils continuent d’être confrontés alors qu’ils sont sous le soin et sous la protection de la province. Je continue d’être émerveillé et touché par leurs témoignages.

Si j’ai décidé de lancer mon propre blogue, c’est que j’estime qu’il y a beaucoup à dire au sujet de l’état des systèmes de soins de la province (qu’il s’agisse de protection de l’enfance, de justice pour les jeunes ou de santé mentale des enfants) et de ce que vivent les jeunes visés par mon mandat. Leurs points de vue ne sont pas toujours présentés par les médias ni pris en compte dans les rapports gouvernementaux.

Par ce blogue, j’espère attirer l’attention sur leurs préoccupations d’enfants et de jeunes, et aussi sur la façon dont mon bureau fait équipe avec ces êtres courageux pour faire entendre leurs voix dans le but d’amener des améliorations significatives et durables. J’espère que vous trouverez ce blogue informatif.

Comme toujours, je vous invite à me faire part de vos commentaires.

Irwin

P.-S. Le nom « Le blogue de l’intervenant » est temporaire. Si vous avez d’autres noms à proposer, j’aimerais beaucoup les connaître. Envoyez vos suggestions créatives par courriel à l’adresse: advocacy@provincialadvocate.on.ca avant le 30 novembre.

Si vous avez des questions contacter le Bureau de l'intervenant Provincial en faveur à: 416.325.5669 or 1.800.263.2814 (Numéro sans frais).