Blog de l'avocat



Améliorer les expériences vécues par les jeunes aujourd'hui, demain et chaque jour après cela - 19 juin 2017

« Le personnel appelle cet endroit un "entrepôt", car c’est le dernier arrêt avant la prison, ou la rue, lorsqu’on atteint dix-huit ans et qu’on est expulsé, » m’a dit un jeune vivant dans un foyer de groupe, avec un air à la fois de colère et de résignation.

Après avoir entendu, pendant de nombreuses années, les jeunes placés en établissement et en milieu résidentiel dans l’ensemble de la province parler de leurs expériences — documentées dans deux rapports récents de notre Bureau, y compris À la recherche d’un chez-soi : Réimaginer les services en établissement et en milieu résidentiel et l’Examen des rapports d’incidents graves — le gouvernement admet désormais ce que les jeunes placés dans ces milieux disent depuis plusieurs décennies : il n’y a pas de véritable réseau de soins résidentiels en Ontario. Ce qui existe — un fouillis de services — ne fonctionne pas très bien. Même les fournisseurs de services affirment que le système de soins résidentiels est en crise et l’ont clairement indiqué au ministère des Services à l’enfance et à la jeunesse.

En effet, il est désormais incontestable que si un jeune placé en établissement et en milieu résidentiel reçoit les soins et le soutien requis, c’est un pur hasard et non le fruit d’une planification adéquate. Les enfants et les jeunes pris en charge par la province méritent mieux, beaucoup mieux.

C’est à partir de cet aveu que le gouvernement a présenté une vision de ce à quoi un bon système de soins résidentiels pourrait ressembler en publiant récemment le Plan directeur de l’Ontario pour la création d’un nouveau système pour les services en établissement agréés. Le gouvernement a mis de l’avant sa vision — inspirée par les commentaires de jeunes ayant des expériences vécues des services de bien-être de l’enfance, de justice pour la jeunesse et de soins de santé mentale — et nous sommes fiers de soutenir les jeunes qui ont produit leur propre rapport à l’appui du plan directeur, intitulé Envisager une meilleure prise en charge des jeunes : Notre contribution au plan directeur.

Il semblerait que le gouvernement, les jeunes et les fournisseurs de services ont la même vision de ce le système devrait être. C’est là une fort bonne nouvelle.

Cependant, bien que le gouvernement ait annoncé son intention de mettre en œuvre un plan pluriannuel pour remanier le réseau ontarien de soins résidentiels, les enfants et les jeunes qui vivent à l’heure actuelle dans les foyers de la province ne peuvent pas se permettre d’attendre plusieurs années avant que leurs conditions de vie ne s’améliorent. Le plan du gouvernement pour mettre en œuvre sa vision ne reflète pas le besoin urgent de résoudre la crise sur le terrain.

J’ai fortement recommandé au gouvernement d’adopter une démarche axée sur les besoins des enfants et de concentrer leurs efforts au maximum sur l’amélioration directe et progressive des conditions réelles de vie des enfants à chaque étape de la mise en œuvre du plan directeur. Tout plan de mise en œuvre doit viser l’amélioration immédiate des conditions de vie des enfants. Leurs expériences doivent améliorer dès aujourd’hui, puis encore demain et chaque jour après cela. Certes, cela exigera un travail considérable, et cela prendra du temps, mais les enfants qui vivent dans les foyers que nous leurs procurons, au nom de la province, ne peuvent pas se permettre d’attendre plusieurs années. Les enfants et les jeunes pris en charge par la province attendent depuis trop longtemps déjà.

Irwin


Le bien-être des enfants est la responsabilité de tous - Le 11 février 2016

J’ai parfois comparé le système des sociétés d’aide à l’enfance (SAE) à une vieille maison isolée dont les fenêtres et les volets sont fermés depuis très longtemps. Les enfants et les jeunes ont souvent utilisé cette métaphore pour me décrire l’idée qu’une fois qu’ils ont pénétré dans cette maison par l’entrée principale, le public cesse de penser à eux.

Quand je pense aux sociétés d’aide à l’enfance, je me dis qu’il serait vraiment libérateur d’ouvrir les rideaux et les volets et de laisser la lumière du jour entrer dans chaque pièce. Cette image de la lumière qui remplace l’obscurité nous rappelle la nécessité de réfléchir continuellement aux politiques et aux pratiques qui nous aident à nous assurer que les services d’aide à l’enfance répondent aux besoins des enfants et des jeunes pris en charge. Ces mêmes politiques et procédures doivent aussi répondre aux besoins des prestataires de soins, afin de les munir de tous les outils et ressources nécessaires pour offrir un environnement sûr, solidaire et stimulant où les jeunes puissent s’épanouir.

Le 1er mars 2016 marquera l’entrée en vigueur des dispositions législatives qui nous donnent le pouvoir de faire enquête sur les questions concernant un enfant ou un groupe d’enfants recevant les services d’une SAE, ou ceux du titulaire de permis d’un foyer si une SAE est l’agence de placement. À plus d’un titre, j’associe ces nouveaux pouvoirs à l’ouverture du système, à l’ouverture de cette fameuse maison.

Après des années de dur labeur de la part de ceux qui tenaient à ce que notre Bureau soit investi de ces pouvoirs d’enquête, après des mois de formation et de préparation de la part de notre nouveau personnel, nous sommes prêts à assumer la responsabilité qui nous est dévolue.

En utilisant ce nouvel outil, nous avons l’intention d’établir un lien entre le système de protection de l’enfance et le public et d’améliorer la responsabilisation envers les enfants et les familles en ancrant à la législation les politiques et procédures qui guident la prestation des soins. Nous chercherons des moyens de soutenir celles et ceux qui se voient confier la responsabilité de prendre soin des enfants et des jeunes de la province et de garantir le respect de leurs droits et priorités.

Dans le cadre de nos enquêtes, notre Bureau s’efforcera de maintenir une position centrée sur l’enfant. Nous avons conçu nos services d’enquête pour qu’ils suscitent la participation des jeunes, de manière à puiser des apprentissages et des ressources dans la sagesse de leur expérience de vie et dans leur passion pour le changement. Nous allons apprendre et nous allons progresser. Surtout, nous allons prendre la défense des enfants et des jeunes de notre province dans l’exercice de nos pouvoirs d’enquête.

Pour plus de détails sur notre nouvelle unité d’enquête, veuillez consulter notre site Web, à l’adresse www.provincialadvocate.on.ca/main/fr/about/Investigations.html, ou communiquez directement avec nous en composant le 1 800 263-2841 (sans frais) ou le 416 325-5669.

En Ontario, l’énorme responsabilité confiée aux sociétés d’aide à l’enfance et l’étendue de leurs pouvoirs sont de plus en plus reconnues. Je crois que nous commençons à peine à prendre conscience du défi que représente pour notre province la clarification de notre engagement envers les enfants et, par conséquent, les familles. Même si j’estime que notre Bureau ne pourrait (ni ne devrait) jamais remplacer la fonction de supervision du ministère des Services à l’enfance et à la jeunesse en matière de services de bien-être de l’enfance, je crois que nos nouveaux pouvoirs contribueront à assurer la protection, le soutien et le développement des enfants pour qu’ils atteignent leur plein potentiel.

Irwin


Il est maintenant temps d’agir pour la réconciliation - Le 27 janvier 2016

Hier, j’ai reçu un courriel au sujet de l’initiative du club Rotary visant à soutenir la chef Rosemary McKay de Bearskin Lake. Sa collectivité a connu 12 décès l’année dernière et elle est actuellement durement éprouvée par le suicide d’une jeune fille de 10 ans en décembre dernier, à qui elle ne peut pas offrir de funérailles convenables en raison d’un manque de moyens financiers. Le Rotary lève des fonds pour contribuer à fournir un soutien d’urgence en santé mentale et une aide financière à la collectivité submergée par le chagrin, tandis que le site « Go Fund Me » recueille des fonds pour payer les funérailles.

Je pense honnêtement que l’urgente nécessité d’agir saute aux yeux.

Pourtant, ces faits tragiques ne retiennent toujours pas l’attention des médias, nos gouvernements commencent à peine à réagir et des événements de cette nature continuent de se produire alors que nous essayons d’inaugurer une ère de réconciliation. Le gouvernement sait ce qu’il faut faire et pourtant, il attend les réponses de collectivités qui parviennent à peine à survivre. Quand le processus de guérison et de réconciliation va-t-il débuter? Pourquoi sommes-nous encore en train d’attendre, et après quoi?

Ne vous y trompez pas, ce que Bearskin Lake endure actuellement, les événements survenus cette semaine à La Loche, en Saskatchewan, les appels lancés la semaine dernière par la Nation Nishnawbe Aski pour la création d’un groupe de travail d’urgence sur la prévention du suicide afin d’endiguer la vague de décès d’enfants et de jeunes dans les collectivités du nord de l’Ontario sont tous liés les uns aux autres. Ils sont liés à la réalité vivante tirée de l’histoire et aux séquelles du racisme, de la discrimination et de l’invisibilité qui ont été abordées avec force dans le rapport final de la Commission de vérité et de réconciliation.

Hier, j’étais à Ottawa pour entendre la décision du Tribunal canadien des droits de la personne selon laquelle le Canada a bien fait preuve de discrimination raciale à l’égard des enfants des Premières Nations en ne finançant pas équitablement les services d’aide à l’enfance. Vous pouvez lire notre déclaration à la presse ici. La plainte a été déposée devant le Tribunal par Cindy Blackstock de la Société de soutien à l’enfance et à la famille des Premières Nations du Canada et par l’Assemblée des Premières Nations il y a presque 10 ans. Serait-ce le début du changement de paradigme réclamé par la Commission de vérité et de réconciliation? La conclusion du Tribunal a certainement réveillé la conscience publique de ce pays face aux inégalités que connaît le peuple autochtone du Canada.

Je voulais être à Ottawa aux côtés de l’APN pour être témoin de cet événement et offrir mon soutien. Peut-être ai-je moi aussi besoin de m’inspirer du courage et de la force de Cindy et de ceux qui ont persévéré.

Pour les enfants autochtones qui, maintenant plus que jamais, ont besoin de croire en l’espoir et en leur pays, la décision d’aujourd’hui est un premier pas vers la possibilité de créer un système d’aide à l’enfance qui fonctionne pour eux, pour leur famille et pour leur collectivité.

Irwin


Pas un œil sec dans la maison - Le 18 janvier 2016

Parfois, certains moments dans la vie semblent difficiles à croire. Il y a quelques mois, j’étais assis dans une salle de conférence à Kiev, en Ukraine. À l’autre bout de la table étaient assis l’épouse du président de l’Ukraine, Maryna Poroshenko, qui présidait la réunion, et le médiateur pour enfants de l’Ukraine, Nikolai Kuleba. À la table, autour de nous, se trouvaient rassemblés les ministres ukrainiens des Services sociaux, de la Santé et de l’Éducation, ainsi que des dirigeants d’entreprises et des responsables de groupes de défense de la société civile de l’Ukraine. Des représentants du cinquième pouvoir ukrainien étaient également présents dans la salle. Cette rencontre était ultra-protocolaire.

J’avais été invité par le médiateur pour enfants ukrainien à me rendre à Kiev pour discuter avec lui de la façon dont il pourrait encourager et aider son gouvernement à élaborer un système de services destinés aux enfants et aux jeunes ayant des besoins spéciaux, notamment un système scolaire qui accepterait les enfants handicapés, au lieu de les en éloigner. On m’a dit que de nombreux enfants ayant des besoins particuliers se retrouvaient dans des orphelinats, à l’écart de la société et cachés de tous en raison d’une importante lacune dans la structure de soutien. Mme Poroshenko et M. Kuleba étaient déterminés à changer le cours de l’histoire en Ukraine à cet égard. On m’avait demandé d’aider le médiateur pour enfants à développer ce projet et à susciter un élan de reconnaissance des droits des enfants ayant des besoins particuliers. Dans la lettre d’invitation qui m’avait été envoyée, on me demandait d’inviter une personne qui pourrait prendre la parole pour encourager un changement de politique en ce qui concerne les personnes handicapées et leurs droits. J’ai pensé à l’ancienne ministre Marie Boutrogianni, qui a fait adopter la Loi sur l’accessibilité pour les personnes handicapées de l’Ontario. Je suis heureux de l’avoir fait. Mme Boutrogianni maîtrise parfaitement le sujet, c’est une défenseure passionnée et elle est douée d’une énergie inépuisable. J’ai eu beaucoup de chance de l’avoir à mes côtés lors de cette réunion à Kiev.
Ma visite en Ukraine a présenté de multiples facettes et a été marquée par de nombreux témoignages, notamment la remarquable histoire d’Ed Dickson – un ancien agent des services publics de l’Ontario qui a quitté son poste pour se consacrer aux enfants placés dans des orphelinats en Europe de l’Est et qui est devenu le confident de nombreux décideurs ukrainiens. C’est un homme étonnant, doux mais déterminé, qui exerce une influence avec une telle ingénuité qu’elle est à peine perceptible. Je vous conseille vivement de consulter le site Web de son organisation à l’adresse loadsoflove.ca. En fin de compte, c’est lui qui avait orchestré cette visite qui a permis d’ériger un pont entre l’Ontario et l’Ukraine.

Après notre table ronde, j’ai demandé à M. Kuleba (le médiateur pour enfants) s’il avait envisagé la possibilité d’inviter des jeunes à participer aux réunions et à son projet. Ma suggestion l’a abasourdi, mais il a ensuite demandé si ce serait une bonne idée. Je lui ai alors parlé de mon expérience en Ontario et du fait que les jeunes ont pu utiliser ce qu’ils ont vécu pour présenter les choses d’une manière irréfutable, ce qui a ensuite permis aux décideurs de faire appel à ce qu’il y a de meilleur en eux afin de créer des possibilités de changement. Le lendemain, je suis arrivé à la conférence de presse organisée par Nikolai Kuleba où nous devions signer un protocole d’entente entre son bureau et le mien. Étonnamment, pour prendre part aux échanges avec les médias, il était accompagné de deux jeunes qu’il avait rencontrés un certain nombre de fois dans le passé, et qui l’avaient informé des changements qui devaient être apportés en Ukraine pour les enfants handicapés. Forts de son soutien, ils ont prononcé des discours enthousiastes à la conférence de presse, faisant consciencieusement référence à leur expérience personnelle.

Je suis rentré chez moi deux jours plus tard et, à mon arrivée, j’avais reçu une photo de Nikolai Kuleba (voir ci-après).

Jeune femme parle au parlement ukrainien

On peut y voir la jeune femme qui était intervenue lors de la conférence de presse, maintenant en train de s’adresser au Parlement ukrainien. Voici ce qu’elle a dit : « Au Canada, 98 % des enfants handicapés fréquentent des écoles ordinaires et 40 % poursuivent des études supérieures. Je souhaite de tout cœur la même chose pour mon pays ». Elle a parlé plus précisément de l’article 18 de la Loi ukrainienne sur l’éducation qui stipule qu’un enfant handicapé peut fréquenter une école conventionnelle dans la mesure où cela ne contrevient pas aux droits des enfants non handicapés. « C’est absurde. Pourquoi cette discrimination? Pourquoi un tel manque de respect à notre égard? Nous sommes comme vous, nous sommes simplement un peu moins chanceux », a-t-elle souligné. Après son discours, l’auditoire s’est levé pour l’applaudir, et tout le monde avait les larmes aux yeux.

La photo de M. Kuleba était accompagnée du message suivant : « Aujourd’hui, le Parlement ukrainien a voté à l’unanimité en faveur de la désinstitutionnalisation progressive des enfants handicapés et de la création d’un système scolaire en 10 ans qui permettrait d’inclure tous les élèves, quelles que soient leurs capacités ». J’étais impressionné.

Je suis impatient de retrouver M. Kuleba cette semaine, cette fois à Toronto, alors qu’il participera à la réunion du Conseil canadien des défenseurs des enfants et des jeunes que je préside. J’aurai alors la possibilité de lui exprimer ma gratitude pour m’avoir permis d’être le témoin du travail remarquable qu’il entreprend.

Irwin


Comment le système de protection de l’enfance peut bénéficier des enseignements du Dr Janusz Korczak - Le 10 décembre 2015

Aujourd’hui, j’ai eu le privilège de co-animer un événement à l’Assemblée législative avec UNICEF Canada pour lancer le livre My Life as a Child of Janusz Korczak –the father of children’s rights– The biography of Shlomo Nadel. Ce livre a été lancé en partenariat avec la Janusz Korczak Association of Canada afin de souligner la Journée internationale des droits de la personne.

C’est à Kobe, au Japon, dans un foyer pour enfants – un orphelinat en fait – que j’ai entendu parler de Janusz Korczak pour la première fois. Je n’avais jamais entendu parler de lui, que ce soit au cours de mes études au Canada ou de ma vie professionnelle.

Dans le cadre de mes fonctions d’intervenant provincial en faveur des enfants et des jeunes de l’Ontario, j’ai la possibilité – le privilège – de rencontrer et d’écouter des milliers d’enfants et de jeunes qui ont été retirés de leur famille par l’État pour leur propre protection. De façon sombre et souvent brutale, ils ont décrit des situations qui démontrent clairement que ceux qui les ont pris en charge auraient besoin de s’inspirer de l’état d’esprit de Janusz Korczak dans leur travail avec les enfants.

Les jeunes qui vivent loin de chez eux en raison de l’intervention de l’État racontent qu’ils se sentent « privés de leur vie ». Des situations d’abus qui les ont obligés à être pris en charge par l’État, à la vie dans le système lui-même, dans plupart des cas, ils ont l’impression que leur vie échappe à leur contrôle et à leur influence. Ils se sentent impuissants, isolés et seuls – parfois même invisibles. Ils doivent avoir une grande force intérieure pour être capables d’avancer et pour devenir les acteurs de leur propre vie et retrouver leur humanité. Beaucoup y parviennent, mais pour d’autres, la vie demeure un combat difficile.

Les travaux du Dr Korczak nous montrent que les choses peuvent être différentes. « Une centaine d’enfants, une centaine d’êtres qui sont humains, pas au futur, pas seulement demain, mais maintenant … dès maintenant … aujourd’hui », a déclaré Janusz Korczak. Il a organisé son établissement en mettant cet état d’esprit au centre de sa pédagogie. L’histoire de M. Nadel montre comment cela s’est concrétisé. M. Nadel, par le caractère remarquable de sa force et de son dévouement envers les autres, est la preuve vivante que la vie des enfants pris en charge aujourd’hui n’a pas de raison d’être brutale comme elle l’est actuellement.

Si, dans des circonstances d’oppression intolérable pendant l’occupation nazie, les enfants de l’orphelinat du Dr Korczak à Varsovie, en Pologne, ont trouvé un foyer qui leur a fourni le réconfort dont ils avaient besoin et la possibilité de s’exprimer, nous pouvons sûrement trouver aujourd’hui en nous, de façon collective, des moyens de leur apporter la même chose. Pour que cela se produise, nous devons lire ce livre et en tirer des enseignements.

Janusz Korczak nous a montré l’exemple de « réactions pleines d’humanité », un exemple que nous devons absolument suivre pour les enfants qui sont actuellement à notre charge. Lorsque les législateurs ou les décideurs politiques me disent « qu’on ne peut pas légiférer les sentiments » ou que « c’est tellement compliqué de créer des solutions humaines » ou encore « vous voulez tenter l’impossible », je pense à M. Korczak et à ce qu’il est possible de faire. Shlomo Nadel, en partageant son histoire, nous a montré cette voie. Nous avons une immense dette envers lui. Les souvenirs qu’il partage dans sa biographie extraordinaire (écrite par Lea Lipiner, sa proche amie) constituent un instrument du changement. Il a fait don de son expérience et de la sagesse qu’elle incarne pour les enfants d’aujourd’hui.

Je vous invite à lire My Life as a Child of Janusz Korczak –the father of children’s rights– The biography of Shlomo Nadel.

Irwin


Vous pouvez obtenir un exemplaire gratuit de My Life as a Child of Janusz Korczak –the father of children’s rights– The biography of Shlomo Nadel (en anglais) sur le site Web du Bureau de l’intervenant provincial.

Pour obtenir plus d’informations sur le lancement du livre qui a lieu le 10 décembre http://provincialadvocate.on.ca/main/en/about/KidsRights.cfm et sur certains enseignements du Dr Janusz Korczak et pour voir des photos de l'orphelinat, veuillez consulter le site Web du bureau de l’intervenant provincial.

« Réflexions sur une année remarquable » - Le 9 décembre 2015

Aujourd’hui, je suis heureux de vous présenter le plus récent rapport annuel de mon Bureau, qui récapitule le travail que nous avons accompli auprès des jeunes et de nos partenaires au cours des 12 derniers mois. Notre Rapport annuel donne l’occasion de réfléchir et de prendre conscience des nombreuses réalisations accomplies afin de soutenir les jeunes qui relèvent de notre mandat et de leur donner voix au chapitre.

Dans chaque rapport annuel, nous tentons de brosser un tableau de notre Bureau tout en donnant au lecteur un aperçu de la façon dont les jeunes à qui nous offrons des services composent avec leur situation, et en évaluant dans quelle mesure les efforts déployés par le gouvernement et la société civile répondent à leurs besoins. Le rapport de cette année met également en lumière le travail effectué par les membres du personnel qui ont collaboré étroitement avec des jeunes dans un grand nombre de domaines. Après tout, notre travail repose sur un partenariat entre le personnel extraordinaire du Bureau de l’intervenant et les enfants et jeunes formidables relevant de notre mandat.

Le rapport de cette année fait état du fossé qui se creuse entre les promesses faites par la province et les expériences vécues par de nombreux enfants qui dépendent de notre mandat. Des « plans d’action », « stratégies », « transformations », « réformes », « politiques » et « directives » sont prévus dans pratiquement toutes les sphères d’intervention auprès des enfants; or souvent, l’expérience vécue par les enfants et les jeunes est très loin des espoirs suscités par tous ces documents et ces belles paroles.

J’ai constaté que les voix des enfants et des jeunes viennent combler ce vide qui, en Ontario, commence rapidement à ressembler à un gouffre. Si un espoir existe, j’estime qu’il réside dans les possibilités offertes aux décideurs de s’intéresser à nos enfants, d’écouter ce qu’ils ont à dire et de collaborer avec eux pour mettre en place le changement dont ces derniers ont besoin et qu’ils méritent. Je vous invite à lire notre Rapport annuel et à « écouter » leurs voix.

Comme toujours, vos commentaires sont les bienvenus.

Irwin


La version française du Rapport annuel peut être consultée à l’adresse suivante :

http://provincialadvocate.on.ca/documents/fr/AR2015_Fr.pdf

La version anglaise du Rapport annuel peut être consultée à l’adresse suivante :

http://provincialadvocate.on.ca/documents/en/AR2015_En.pdf

Le rapport de la vérificatrice générale prouve une fois de plus que le système du bien-être de l’enfance est en crise - Le 3 décembre 2015

La vérificatrice générale Bonnie Lysyk a publié un autre rapport qui souligne la désorganisation de notre système du bien-être de l’enfance. Entres autres points alarmants, le rapport confirme ce que nous avons appris à l’issue de l’enquête sur la mort de Jeffrey Baldwin : le système du bien-être de l’enfance ne met que peu ou pas du tout en pratique les normes de protection des enfants, ne leur consacrant peut-être qu’une belle pensée. Le rapport cite également les conclusions du document de notre Bureau intitulé Le livre de ma véritable histoire et de notre rapport sur le passage de l’âge maximum de prise en charge de 21 à 25 ans soutenant notre affirmation selon laquelle les résultats désastreux pour les enfants pris en charge sont inacceptables.

Alors que l’enquête lancée il y a quelques semaines sur la mort de Katelynn Sampson est en cours, le rapport de la vérificatrice générale est révélateur, voire infiniment triste. Si quelqu’un croit que les choses ont changé depuis la mort de Katelynn, il se trompe complètement.

Il semble que chaque semaine survient un nouveau cas indiquant que le système de bien-être de l’enfance est en crise. L’enquête sur la mort de Jeffrey Baldwin, les cas graves rapportés régulièrement par les médias sur la piètre façon dont sont traités les jeunes vivant dans des foyers de groupe (ce qui a forcé la province à créer un comité d’experts), l’enquête sur la mort de Katelynn et maintenant le rapport de la vérificatrice générale. Et prochainement…le rapport de la juge Lang sur le programme Motherisk.

La confiance du public dans le système du bien-être de l’enfance s’effrite. Plus important encore, des enfants vulnérables – sans qu’ils n’y soient pour rien – sont mis en danger et placés dans des situations difficiles et préjudiciables.

Dire que nous pouvons faire mieux – que nous devons faire mieux – c’est un euphémisme, mais c’est vrai. Il faut changer les choses.

Pour y parvenir, nous devons faire entendre de nouvelles voix et de nouvelles idées à la table des discussions. Nous devons avoir une discussion ouverte à l’échelle de la province sur la façon dont nous protégeons les enfants et dont nous soutenons les familles en Ontario. Notre Bureau l’a proposé à plusieurs reprises au gouvernement, y compris à la première ministre. Il existe de nombreux modèles d’enquêtes qui pourraient être utilisés incluant une version de « l’enquête réparatrice » menée en Nouvelle-Écosse dans le cadre de l’examen par cette province des abus commis dans son « Foyer pour enfants de couleur ».

Quel que soit le processus retenu, ce que nous savons c’est que le gouvernement doit démontrer sa préoccupation et agir maintenant. Nous n’avons pas besoin d’un autre rapport pour nous convaincre que nous devons agir et, ce qui est plus important, obtenir des résultats.

Irwin

« Réflexions sur la tournée de consultations » - Le 23 novembre 2015

« Cet endroit m’a sauvé la vie… sans lui, je serais mort ou en prison. »
– Un jeune de 11 ans

Bonjour à tous,

La citation ci-dessus est un commentaire que m’a fait un garçon de 11 ans lors de ma récente visite dans un établissement de santé mentale pour enfants, effectuée dans le cadre de la tournée provinciale annuelle de consultations de mon Bureau. Un groupe de 15 jeunes de cet établissement ont acquiescé à l’unisson. Un autre jeune homme a pris la parole et m’a dit : « Cet endroit m’a volé mon enfance. » De nouveau, tous ont hoché la tête. Dans le cadre du mandat de mon Bureau, ce fut un moment déchirant de mon périple lors de mes rencontres avec des enfants et des jeunes organisées durant la tournée de consultations qui soulignait la « Journée nationale de l’enfant », le 20 novembre.

Ce moment a cristallisé une réflexion et un sentiment qui m’obsédaient pendant mes déplacements d’une ville à l’autre et d’une rencontre à l’autre. Malgré nos meilleurs efforts à l’échelon provincial, trop d’enfants ne trouvent pas de réponse à leurs besoins. Des programmes sont offerts par des institutions, grandes et petites, aux politiques et pratiques variées, mais une question demeure dans mon esprit après avoir rencontré ces enfants et ces jeunes remarquables : « Où est l’amour? » Sans amour, je crains que les meilleurs efforts de notre province aient de graves conséquences sur l’âme d’un enfant. Je suis conscient de la dureté apparente de mes propos, mais comment un jeune de 11 ans peut-il comprendre autrement une situation où il se trouve à des kilomètres de chez lui (par avion), sans contact ou presque avec un visage connu, encore moins avec un visage amical, pendant des mois et des mois, voire des années; où il vit dans un foyer de type « campus » qui lui semble situé au milieu de nulle part, un foyer qu’il partage avec neuf autres garçons, dont certains ont jusqu’à 17 ans et plusieurs ont de graves troubles de santé mentale ou, comme on dit, de « gestion de la colère »? Des moyens de contention sont utilisés au moins une fois par semaine pour remédier aux plaintes et aux bagarres. Des règles ont été instaurées pour éviter ces confrontations; par exemple, il est interdit de parler à quiconque pendant les repas. Sans amour et sans attention, ces jeunes ont-ils la moindre chance de guérir?

J’ai aussi trouvé de l’espoir au cours de la tournée de consultations. Certains jeunes étaient en mesure de désigner un membre du personnel qui était attentionné à leur égard, et il était clair que cela avait eu un impact profond. Et puis, il s’est produit quelque chose à la fin de la rencontre. Nous avons eu de la chance : un jeune homme nous a dit qu’il avait déjà séjourné dans le même établissement de santé mentale il y a plus de huit ans. Ce jeune homme nous avait demandé d’animer cette rencontre et les discussions. Son courage et sa force ont balisé la voie. Quand il a dit aux garçons présents qu’il avait déjà vécu au même endroit, ils ont été étonnés et ébahis, et sont restés silencieux. Vers la fin de la réunion, après de nombreux échanges, le garçon du groupe qui semblait s’exprimer le mieux (un jeune de 16 ans à l’air costaud) a regardé l’animateur et a dit ceci : « Tu n’as pas idée de ce que ça veut dire pour nous. » En ravalant ses larmes, il a poursuivi : « Que tu te donnes la peine de revenir ici, malgré ce que ça t’a fait… de nous écouter et de nous montrer que tu tiens à nous. Personne ne s’intéresse à nous. Tu as changé ma vie. »

Je suis encore très ému en vous racontant cette histoire. Les jeunes de cet établissement m’ont dit qu’ils puisaient de l’espoir et de la force les uns des autres et que cela les aidait à tenir le coup.

Mais ceci n’est pas suffisant. Nous pouvons faire mieux. Le gouvernement et les décideurs me disent souvent qu’« on ne peut pas légiférer sur les sentiments ». Je le sais. Mais ce qu’on peut faire, c’est légiférer, concevoir des politiques, élaborer des pratiques et instaurer une culture de manière à laisser l’amour s’épanouir. J’ai envie de hurler : « Travaillez dans ce sens! » C’est vraiment possible et rien de moins n’est acceptable pour les enfants remarquables que nous servons.

Irwin

Le Tour d'écoute - Le 16 novembre 2015

Bonjour, j’écris mon billet de blogue « sur la route », car je voyage à travers la province pour rencontrer de jeunes gens durant notre tournée annuelle de consultations.

J’adore la tournée de consultations. L’idée m’a été suggérée par le Commissaire à l’enfance du Royaume-Uni de l’époque. Il m’a parlé de ses tournées de consultations et alors que je croyais être à l’écoute des jeunes quotidiennement, l’idée d’assurer une présence accrue et d’échanger des idées avec eux pendant une semaine était intéressante.

L’année dernière, j’ai décidé que chaque année au mois de novembre, j’effectuerais une de ces tournées afin de marquer la création de la Convention des Nations Unies relative aux droits de l’enfant (la Convention). Je voulais que ma tournée coïncide avec la Journée nationale de l’enfant qui a lieu chaque année, le 20 novembre. Il m’a semblé indiqué d’entreprendre une tournée d’une semaine ou plus autour de cette date.

Le Canada a ratifié la Convention et l’Ontario l’a adoptée. Ce faisant, notre pays et notre province ont promis à tous les enfants de leur accorder des droits fondamentaux. Le Canada et l’Ontario ont déclaré aux enfants qu’ils sont des êtres humains dès à présent, et non dans un avenir quelconque. Les promesses que nous faisons aux enfants devraient être prises au sérieux.

Tous les quatre ans, le Canada doit rédiger un rapport à l’attention des Nations Unies sur les progrès réalisés dans la mise en œuvre de la Convention. Le gouvernement de l’Ontario rédige une partie de ce rapport. Il y a quelques années, quand le Canada était le dernier pays à être évalué par les Nations Unies, j’ai demandé au gouvernement de l’Ontario de me dire qui était chargé de rédiger notre partie du rapport. Il lui a fallu beaucoup de temps pour le savoir. Il s’est avéré que c’est un avocat du Ministère du Procureur général qui rédige cette partie. Quand j’ai demandé à le rencontrer, il en a été surpris et a demandé à plusieurs de ses supérieurs de me rencontrer également. Il a déclaré qu’il s’était contenté de réunir des informations provenant de différents organismes gouvernementaux sur les mesures prises par la province en faveur des enfants et des jeunes, et de les « compiler ». Je lui ai demandé s’il organisait des consultations avec des fournisseurs de services ou avec des enfants et des jeunes. Il m’a regardé d’un air ébahi et m’a répondu par la négative. C’est alors que j’ai compris que le rapport avait été rédigé dans l’ombre et produit en silence. J’ai pensé qu’une telle chose ne devait, et ne pouvait, pas se reproduire.

La tournée de consultations représente une occasion importante pour les enfants et les jeunes de parler ouvertement des expériences qu’ils ont vécues et de dire si la promesse de la Convention se concrétise dans leur vie. Entre le 15 et le 23 novembre, je rencontrerai environ 250 enfants et jeunes (de 12 à 24 ans) relevant de mon mandat à Ottawa, à Coburg, dans le comté du Prince-Édouard, à Belleville, à Peterborough, à Collingwood, à Guelph, à Timmins et à Toronto. Je vous encourage à lire le compte rendu de la tournée de consultations de l’an dernier en cliquant sur ce lien : Les droits des enfants sont importants pour nous.

Je souhaite que la tournée de consultations montre à notre gouvernement ce qu’il est possible de faire en encourageant tous les enfants de la province à participer à une discussion sur leur propre vie. Je veux que les enfants prennent connaissance de la Convention. Je souhaite que leur voix soit entendue et qu’elle figure dans le rapport de la province remis aux Nations Unies. Le dernier jour de la tournée, je rencontrerai le Conseil de la première ministre pour de meilleures perspectives pour la jeunesse afin d’obtenir par son entremise la participation du gouvernement au prochain rapport du Canada devant être soumis en 2018 aux Nations Unies sur l’adhésion à la Convention et de préciser le rôle de l’Ontario dans la rédaction de ce rapport.

Je suis impatient de partager plus de réflexions à l’occasion de la tournée de consultations de cette semaine.

Cordialement,

Irwin

Mon premier blogue! - Le 9 décembre 2015

Cher ami,

Ce matin, j’ai assisté au lancement de l’enquête sur la mort de Katelynn Sampson, sept ans, après une attente de plus de sept ans. Le 3 août 2008, Katelynn a été retrouvée assassinée dans des circonstances horribles dans l’appartement de sa tutrice légale.

J’ai été informé du meurtre de Katelynn par un journaliste une semaine après avoir pris mes fonctions d’intervenant provincial en faveur des enfants et des jeunes de l’Ontario. J’ai ressenti de l’horreur et de la colère en apprenant la façon brutale dont Katelynn est morte et en me demandant comment tant de paliers du système de protection semblaient avoir échoué à la protéger.

J’aimerais vous faire part de mes réflexions sur l’enquête et vous dire pourquoi je pense que la province doit unir ses efforts pour avoir une discussion franche et ouverte sur notre façon de protéger les enfants et les familles. Vous en saurez plus en lisant cet éditorial (en anglais).

Irwin

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Mon premier blogue! - Le 6 novembre 2015

Bonjour tout le monde et bienvenue à mon premier blogue!

Depuis ma première nomination en tant qu’intervenant provincial en faveur des enfants et des jeunes en 2008, j’ai eu le privilège de rencontrer des milliers d’enfants et de jeunes extraordinaires et talentueux. Ils me parlent de leur vie, de leurs espoirs pour l’avenir, ainsi que des difficultés auxquelles ils continuent d’être confrontés alors qu’ils sont sous le soin et sous la protection de la province. Je continue d’être émerveillé et touché par leurs témoignages.

Si j’ai décidé de lancer mon propre blogue, c’est que j’estime qu’il y a beaucoup à dire au sujet de l’état des systèmes de soins de la province (qu’il s’agisse de protection de l’enfance, de justice pour les jeunes ou de santé mentale des enfants) et de ce que vivent les jeunes visés par mon mandat. Leurs points de vue ne sont pas toujours présentés par les médias ni pris en compte dans les rapports gouvernementaux.

Par ce blogue, j’espère attirer l’attention sur leurs préoccupations d’enfants et de jeunes, et aussi sur la façon dont mon bureau fait équipe avec ces êtres courageux pour faire entendre leurs voix dans le but d’amener des améliorations significatives et durables. J’espère que vous trouverez ce blogue informatif.

Comme toujours, je vous invite à me faire part de vos commentaires.

Irwin

P.-S. Le nom « Le blogue de l’intervenant » est temporaire. Si vous avez d’autres noms à proposer, j’aimerais beaucoup les connaître. Envoyez vos suggestions créatives par courriel à l’adresse: advocacy@provincialadvocate.on.ca avant le 30 novembre.

Si vous avez des questions contacter le Bureau de l'intervenant Provincial en faveur à: 416.325.5669 or 1.800.263.2814 (Numéro sans frais).